|
Energie renouvelée
Les menus les plus appétissants ne mettent pas à
l'abri de l'indigestion. Et les vents puissants qui ont propulsé
les fabricants d'éoliennes vers les sommets ne suffiront
pas à balayer les nuages qui s'annoncent. A priori tout
va bien : les gouvernements du monde entier ne jurent que par
l'énergie propre, les technologies sont au point et les
subventions se déversent. Les derniers résultats
du numéro un mondial, le danois Vestas, ne risquent pas
non plus d'obscurcir cette météo avec un bénéfice
multiplié par 5 et un chiffre d'affaires en hausse de 18,5
%. De quoi justifier aux yeux du marché une hausse de plus
de 6 % d'un titre déjà très apprécié
puisqu'il se paie cinquante fois ses bénéfices.
Le prix est en rapport avec les niveaux stratosphériques
accordés à l'éolien - quarante fois en moyenne
-, mais il n'est pas justifié pour autant. Les aides financières
publiques ne seront sans doute pas éternelles. Par
ailleurs, ces moulins à vent version high-tech utilisent
de nombreux composants ultrasophistiqués dont les délais
de livraison peuvent atteindre quinze mois. Des goulets d'étranglement
difficiles à gérer par des entreprises qui ne peuvent
guère étaler leurs risques. L'intérêt
que pourrait leur manifester des groupes à l'assise plus
large tels Siemens ou General Electric est, donc, un autre de
leurs attraits.
ENERGIE
La vogue de l'éolien fait s'envoler les
profits de Vestas
Submergé de commandes, le fabricant danois d'éoliennes
a confirmé ses prévisions de croissance sur l'ensemble
de l'exercice. Au deuxième trimestre, il a engrangé
cinq fois de plus de profit qu'un an auparavant.
Sur un nuage. Comme bon nombre d'acteurs de la filière,
le premier fabricant mondial d'éoliennes, Vestas, continue
de baigner dans une douce euphorie. Submergé de commandes,
le groupe danois a publié hier des résultats semestriels
en forte hausse, bien supérieurs aux attentes des analystes.
Dans un contexte extrêmement porteur, la surprise n'est
pas que Vestas vende autant de turbines (à plus de 1,8
milliard d'euros, son chiffre d'affaires a progressé de
13 % sur les six premiers mois de l'année), mais qu'il
parvienne à enchaîner les contrats sans cesser d'améliorer
sa rentabilité. Entre avril et juin, le numéro un
mondial de l'éolien a engrangé un profit de 51 millions
d'euros, plus de cinq fois supérieur à celui dégagé
l'an passé à la même époque. Sur l'ensemble
du semestre, son résultat opérationnel s'est établi
à 110 millions d'euros, contre 34 millions un an plus tôt.
Et ce n'est qu'un début ! Traditionnellement, Vestas réalise
près de 60 % de son chiffre d'affaires sur la seconde partie
de l'exercice. Son démarrage en fanfare lui permet d'aborder
le second semestre en toute sérénité : le
groupe a confirmé hier ses prévisions pour 2007.
Il s'attend à un chiffre d'affaires de 4,5 milliards d'euros
sur l'ensemble de l'année, contre 3,8 milliards en 2006,
et prévoit entre 7 % et 9 % de marge opérationnelle,
contre 5,2 % l'année dernière. Les prévisions
pour l'an prochain sont elles aussi confirmées : en 2008,
Vestas table sur une marge opérationnelle de 10 à
12 %, et pense accroître sa part de marché dans le
monde, pour la porter de 28 % à 35 %.
Contretemps
Les investisseurs applaudissent des deux mains. A la Bourse de
Copenhague, l'action Vestas s'est envolée hier de 5,26
%, à 340,5 couronnes danoises. Plus personne, apparemment,
ne s'inquiète des risques de surchauffe qui guettent la
filière éolienne. L'an passé, à la
même date, il avait suffi que le groupe danois tire pour
la première fois la sonnette d'alarme, en évoquant
les tensions ressenties dans le secteur, pour que son action dévisse
de près de 10 %... Rien de tel cette année. Pourtant,
ces risques existent toujours. Comme l'a souligné hier
le premier fabricant mondial d'éoliennes, les professionnels
du secteur continuent de souffrir : pénurie d'équipements,
sous-traitants sous pression, flambée des prix des matériaux
utilisés (essentiellement le cuivre et l'acier)...
« La pression générale de la demande sur
le secteur persiste, observe Vestas, et les délais pour
obtenir des composants clefs continuent de s'allonger. »
Dans certains cas, le groupe danois a dû attendre pendant
quinze mois les composants dont il avait besoin pour construire
de nouvelles turbines. Ces contretemps ont « ralenti la
croissance », reconnaît Vestas, et ont empêché
l'entreprise d'utiliser au mieux son outil de production. Si les
craintes exprimées l'an passé semblent moins vives
aujourd'hui, c'est qu'un certain nombre de sous-traitants et de
fournisseurs ont pris conscience de la situation. Au cours des
derniers mois, ils ont commencé à investir dans
de nouvelles capacités de production, pour calmer la surchauffe.
Il faudra faire encore mieux à l'avenir. Malgré
les efforts fournis par les industriels du secteur, Vestas estime
que les fabricants d'éoliennes auront du mal à suivre
la demande pendant plusieurs années encore.
Les Echos 220807
|